Le XXVe INCOSAI : une vision d’audit renouvelable pour un monde en rapide mutation

Mohamed El-Faisal Youssef, Conseiller, Président de l'Autorité nationale de contrôle des comptes de l'Égypte. Source: L'Autorité nationale de contrôle des comptes de l'Égypte

Auteur : Mohamed El-Faisal Youssef, Conseiller, Président de l’Autorité nationale de contrôle des comptes de l’Égypte, président de l’INTOSAI

La République arabe d’Égypte représentée par l’ISC de l’Égypte (ASA), a eu l’honneur d’accueillir cet événement international majeur dans la ville de Charm el-Cheikh, du 27 au 31 octobre 2025, sous les auspices de S.E Monsieur Abdel Fattah Al-Sissi, Président de la République arabe d’Égypte. Cette organisation reflète la conscience de l’État égyptien de l’importance du rôle d’audit en tant que pilier fondamental pour le renforcement de la bonne gouvernance, la consolidation des principes de la transparence et de la responsabilité, ainsi que la protection (la préservation) des fonds publics.

La tenue du Congrès a été précédée par la réunion du Comité directeur de l’INTOSAI, les 27 et 28 octobre 2025, au cours de laquelle le Comité directeur a examiné les rapports du Président et du Vice-président de l’INTOSAI, du Secrétariat général, ainsi que les rapports des commissions d’objectifs stratégiques, en plus des organes clés concernés, notamment la Revue internationale de la vérification des comptes publics et l’Initiative de développement de l’INTOSAI (IDI). Le Comité directeur a également passé en revue les rapports d’activités des organisations régionales affiliées à l’INTOSAI. Ces discussions ont reflété la profondeur de l’intégration institutionnelle au sein de l’Organisation et l’engagement de ses membres à aligner la vision stratégique sur les priorités de mise en œuvre opérationnelle et de renforcement des capacités.

Le 29 octobre 2025, les travaux de la 25ème Assemblée générale de l’INTOSAI ont été officiellement ouverts en présence de S.E. le Premier ministre égyptien, Dr Mostafa Madbouly, aux côtés de plusieurs hautes personnalités publiques, ministres et représentants du gouvernement égyptien. Cette participation a constitué un message clair reflétant l’estime institutionnelle accordée à l’importance de cet événement, ainsi que la reconnaissance croissante du rôle central que jouent les ISC dans le soutien à la stabilité des politiques publiques et le renforcement de la confiance des citoyens dans les institutions de l’État.

Pour faire suite à ce qui précède, Le XXVe INCOSAI a connu une large participation internationale, tant au sein qu’en dehors de la communauté de l’INTOSAI, reflétant la place éminente et le poids de cet événement sur la scène mondiale d’audit. Le nombre total de participants a atteint environ 650 participants, représentant près de 145 ISC et entités placées sous l’égide de l’INTOSAI. Le Congrès a également réuni des délégations de haut niveau représentant des organisations internationales partageant un intérêt commun pour la gouvernance, la responsabilité et le développement durable, ce qui a incarné le caractère inclusif du Congrès et a confirmé l’élargissement des cercles d’interaction et de complémentarité entre les différents acteurs du système international d’audit.

Les travaux du Congrès ont porté sur deux thèmes techniques majeurs qui ont constitué l’axe de discussions approfondies entre les ISC membres. Le premier thème, intitulé « Le Rôle que jouent les ISC dans l’Audit des Banques Centrales et des activités gouvernementales au cours des crises financières et économiques. », a été présidé par le Government Accountability Office (U.S. GAO) des États-Unis d’Amérique. Il a abordé des dimensions essentielles liées au renforcement des cadres d’audit en période d’incertitude, ainsi qu’à la recherche d’un équilibre délicat entre l’indépendance, la transparence et la gestion des risques.

Le second thème, placé sous la présidence de l’ISC de l’Égypte (ASA), a porté sur l’utilisation des techniques d’intelligence artificielle dans l’audit », en tant qu’orientation  stratégique visant à repenser les méthodologies du travail d’audit et à opérer une transition des modèles traditionnels vers des approches plus proactives et plus efficientes. Outre des axes techniques principaux, le Congrès s’est distingué par l’organisation de sessions de discussion de haut niveau, soigneusement conçues afin d’approfondir les débats sur des questions majeures en parfaite adéquation avec l’essence du travail d’audit contemporain. Parmi celles-ci figuraient notamment une session intitulée « La lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent : dimensions juridiques, institutionnelles et internationales », ainsi qu’une autre session intitulée « Les perspectives de l’intelligence artificielle dans l’audit public : la voie vers une gouvernance durable ».

Ces sessions ont été animées dans un cadre interactif et ouvert, favorisant un dialogue riche à perspectives multiples entre décideurs, experts et praticiens, contribuant à l’échange d’expériences nationales et internationales, à la présentation d’expériences pionnières et de meilleures pratiques, ainsi qu’à l’exploration des perspectives de coopération multilatérale, renforçant ainsi l’élaboration d’une vision collective d’audit, mieux à même d’anticiper les défis futurs et d’y faire face avec efficacité.

Dans ce contexte, à la lumière de l’importance capitale qu’occupent les questions de lutte contre la corruption dans l’agenda du travail d’audit au niveau international, j’ai personnellement assuré la modération de la session de discussion intitulée « La lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent : dimensions juridiques, institutionnelles et internationales », en ma qualité de Président de l’ISC de l’Égypte (ASA)et de Président de l’INTOSAI. Cette démarche visait à réaffirmer la place centrale qu’occupe ce dossier, conscient de l’entrelacement de ses dimensions et de la complexité de ses désirs.

Les discussions ont mis l’accent sur la nécessité d’une intégration renforcée des cadres juridiques et institutionnels, ainsi qu’au renforcement du rôle préventif et d’audit des ISC face aux flux financiers illicites, ainsi que sur l’importance de la coopération internationale et de l’échange d’informations. Les discussions ont également souligné le rôle croissant des médias en tant que partenaire actif dans la promotion des valeurs de l’intégrité et de la transparence, et dans la sensibilisation du public aux risques liés à la corruption.

Quant à la deuxième session de discussion, intitulée « Les perspectives de l’intelligence artificielle dans l’audit public : la voie vers une gouvernance durable », elle a constitué une plateforme intellectuelle avancée pour débattre des profondes mutations que connaît le secteur public à l’ère de la révolution numérique. Cette session a porté sur les enjeux de la transformation institutionnelle, de la gouvernance durable et du renforcement des capacités numériques, tout en présentant des modèles innovants de partage des connaissances sans échange de données, et en examinant les défis pratiques et éthiques liés à l’application des technologies de l’intelligence artificielle dans le travail d’audit.

Les débats ont également mis en évidence le rôle fondamental de la transparence de l’information dans la lutte contre la désinformation et dans le renforcement de la confiance des citoyens envers les institutions publiques, consacrant ainsi la position des ISC en tant qu’acteur clé dans la conduite de la transition vers un audit intelligent.

Lors de la séance de clôture du Congrès, l’initiative MAAT a été annoncée. Il s’agit d’une initiative égyptienne, lancée par de l’ISC de l’Égypte (ASA), fondée sur une conviction profonde quant à l’importance de mobiliser les technologies de l’intelligence artificielle pour le développement du travail d’audit et pour promouvoir l’utilisation des technologies modernes dans un cadre de gouvernance et d’éthique clairement défini. Cette initiative a été présentée à l’Assemblée générale, qui en a pris note, ouvrant ainsi la voie à la présentation de détails techniques et de mise en œuvre supplémentaires lors de la prochaine réunion du Conseil d’administration, ce qui témoigne de l’engagement de l’INTOSAI à innover en matière d’audit pour répondre aux enjeux émergents d’aujourd’hui et de demain.

Dans le cadre des résultats du Congrès, la Déclaration de Charm el-Cheikh a été adoptée par l’Assemblée générale en tant que document de référence officiel couronnant les travaux du XXVe INCOSAI et incarnant la synthèse des discussions approfondies et des consensus institutionnels qui ont marqué ses travaux. Cette Déclaration a résumé les principales décisions et conclusions issues du Congrès en mettant en lumière les visions communes, les réalisations accomplies et les recommandations stratégiques visant à renforcer l’efficacité du travail d’audit aux niveaux national et international. Elle a également établi un cadre global traduisant la volonté collective des membres de l’INTOSAI et définissant leurs objectifs stratégiques face aux défis émergents, en particulier dans un contexte de transformations économiques et technologiques accélérées, tout en soulignant l’importance du renforcement de l’échange de connaissances, de l’intensification de la coopération et de la maximisation de la valeur ajoutée de l’INTOSAI en tant que plateforme mondiale de premier plan au service de la bonne gouvernance et du développement durable.

Le XXVe INCOSAI n’a pas été un simple rendez-vous périodique, mais a constitué une véritable plateforme intellectuelle et professionnelle destinée à renouveler l’engagement collectif en faveur du rôle des ISC en tant qu’acteur central du système de gouvernance mondiale et force motrice de la réalisation du développement durable. Dans cette perspective, la Présidence de l’INTOSAI réaffirme son engagement à poursuivre le travail avec l’ensemble des membres, à approfondir les liens de coopération et à capitaliser sur les résultats de ce Congrès, afin de consolider la position de l’INTOSAI en tant qu’organisation pionnière, capable de conduire la réflexion mondiale en matière d’audit dans un monde marqué par la complexité et l’accélération du changement.

Le Conseiller / Mohamed El-Faisal Youssef

Président de l’ISC de l’Égypte (ASA)

Président de l’Organisation internationale des Institutions supérieures de contrôle (INTOSAI)

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